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VERS UN SCENARIO DE DEFLATION?

  • Posted by: Fabien Tabouret

Vous pouvez retrouver cet article sur le site de Boursorama.

Les années 1970 ont été marquées par une période de forte inflation. Depuis cette époque, l’évolution haussière des prix de produits de consommation a progressivement baissé au point qu’aujourd’hui de grandes Banques centrales s’inquiètent des niveaux actuels d’inflation considérés comme trop faibles.

Quels facteurs derrière cette baisse de l’inflation qui tend même vers un scénario de déflation ?

Remontons un instant au début des années 80. Sous l’impulsion du Président Reagan et de la Première Ministre Thatcher, le monde bascule dans un système d’ouverture économique globalisé. Le flux de capitaux et les échanges commerciaux sont progressivement libéralisés sur l’échiquier mondial. Ainsi, la délocalisation sans contrainte des outils de production et l’ouverture à la concurrence des produits et des travailleurs de pays émergents cassent la spirale inflationniste des salaires qui caractérisaient les années 70.

Depuis, une des conséquences de cette globalisation du commerce a été la faible progression des bas et moyens salaires dans les pays avancés entre 1980 et 2019. Seulement voilà, ces travailleurs sont aussi des consommateurs et, avec une faible évolution de leur pouvoir d’achat sur cette période, la croissance générale de la consommation était destinée à s’affaiblir.

Pour contrecarrer les conséquences potentielles de ce phénomène, l’accès aux crédits a donc été démocratisé. Nombreux s’endettent pour consommer des produits de tous les jours venus d’ailleurs ou pour s’assurer un toit au-dessus de la tête. Grâce à cela, l’industrie bancaire connait un essor spectaculaire. La planète se financiarise, représentée par les places de New York, Londres et Tokyo. Le monde Émergent se développe.

La pérennité de cette nouvelle manne de crédits suppose une capacité de générer des revenus suffisants pour la rembourser. Comme les salaires n’évoluent que faiblement, les États-Unis, maître de ce système financiarisé, arrivent à une saturation d’endettement culminant dans la crise financière de 2008, décrit par l’économiste Hyman Minsky des années plus tôt.

Aujourd’hui, de nombreux travailleurs connaissent toujours une faible évolution de leurs revenus. Désormais limités dans leurs capacités d’endettement, ils ne peuvent plus consommer comme avant. Ceci se traduit par un affaissement généralisé de la demande et une pression déflationniste sur les prix.

De plus, ce qui caractérise notre époque est l’évolution démographique. Par le passé, la croissance et l’inflation dans les pays avancés ont été portées par l’émancipation économique des ‘baby-boomers’ nés entre 1945 et 1965. A l’aube de leur retraite de la vie active, cette population change de comportement, privilégiant l’accroissement de son épargne et le remboursement de ses crédits aux dépends de ses habitudes de consommation. Collectivement, ce mouvement pèse sur l’inflation des prix de biens et de services dans les pays développés, désormais vieillissants.

Cette tendance a été exacerbée par les politiques monétaires des Banques centrales menées au cours de ces onze dernières années. Les taux d’intérêts bas, voire négatifs, n’ont fait que motiver plus encore la constitution d’une épargne pour les vieux jours d’une population concernée par l’échéance de la retraite.

De plus, ce financement à bas coût a maintenu artificiellement en vie des entreprises qui auraient dû disparaitre sur l’autel du Darwinisme économique, assurant par là-même des surcapacités dans le système marchand. Inévitablement, ceci a pesé sur l’évolution des prix, faisant baisser l’inflation.

Pourquoi cette situation affole-t-elle les Banques centrales ?

Un scénario déflationniste est néfaste pour la croissance. Il encourage le consommateur à remettre à demain son acte de consommation, dans l’attente de payer moins cher. Moins de consommation se traduit par une incertitude sur l’activité économique, ce qui n’encourage plus le recours à un endettement comme avant. Moins d’activité pèse sur la croissance et sur les recettes fiscales d’un pays tout en aggravant le poids de l’endettement toujours en cours.

Bref, le scénario déflationniste présage une période de très faible croissance économique.

 

Colonne par Steven Groslin, Executive Board Member et Portfolio Manager chez ASG Capital.

Author: Fabien Tabouret
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