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Sans Intérêts

  • Posté par : ASG Capital

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La Banque d’Angleterre annonce considérer prendre le chemin de taux d’intérêts négatifs. Lors de sa conférence de presse, Madame Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, déclare ne pas exclure une baisse des taux d’intérêts pour la zone Euro, si cela s’avérait nécessaire. Enfin, Mr Powell, président de la Fédéral Reserve des Etats-Unis, indique vouloir maintenir les taux directeurs américains proche de zéro, au moins jusqu’en 2023.

Ces déclarations d’Août et de Septembre dévoilent un endettement, public et privé, trop élevé nécessitant de maintenir une politique monétaire accommodante pendant longtemps. De plus, la crise Covid n’a fait qu’accélérer ce surendettement, tendance qui existait avant l’apparition du virus.

Certains analystes mettent en garde sur ce déséquilibre de la dette qui fragilise de nombreux pays. Malgré les événements de 2020, nos banquiers centraux ne semblent toujours pas avoir pris la pleine mesure de ce phénomène. Ils préfèrent répéter leur espoir qu’un coût désormais faible de l’endettement serait une variable suffisante pour amorcer le financement de richesses futures. Cependant pour espérer créer de la valeur, les intervenants économiques privés doivent avoir une confiance en l’avenir, voir être préalablement allégés du poids de leur endettement passé, ce qui impliquerait une réorganisation voir annulation de cet endettement. Sur ce point, le silence règne parmi ces banquiers centraux.

La création monétaire passe par les banques commerciales privées

Le plus grand pourvoyeur dans la création monétaire au sein de l’économie réelle est le système bancaire privé. En baissant les taux d’intérêts à zéro, les autorités financières forcent les banques privées à baisser leurs marges sur les emprunts qu’elles accordent. Leurs opérations de financement habituelles deviennent moins lucratives alors que leurs risques restent les même. Par conséquent, celles ci préfèrent accorder des prêts à grand volume (et risque faible), ce qui profite aux grosses entités au dépend de plus petites entreprises potentiellement créatrices des valeurs de demain. Ainsi, la variable d’ajustement que sont les taux d’intérêts n’avance pas suffisamment un pays collectivement vers de meilleures fortunes. En temps qu’autorité de tutelle du système bancaire, les banques centrales pourraient imposer aux banques privées un cahier des charges de financement pour espérer relancer l’activité économique plus largement. Sur ce point, le silence règne parmi ces banquiers centraux.

Le paradoxe de l’épargne réfractaire

En baissant les taux d’intérêts, les banques centrales réduisent la rémunération proposée sur des investissements classiques tels que des bons du trésor. Par la même, elles incitent l’épargne d’un pays à migrer vers d’autres secteurs potentiellement générateurs de croissance. Cependant, la réaction des épargnants a été de constituer encore plus d’épargne pour compenser la perte de rémunération liée aux taux d’intérêts faibles, préférant ne pas s’engager dans le financement d’activités perçues comme exotiques. Pour pallier à ce paradoxe, certaines banques centrales ont choisi de sanctionner cette épargne réfractaire à travers des taux d’intérêts négatifs. Cependant et depuis leur mise en place, les résultats voulus par les autorités monétaires se font toujours attendre.

Perturbation  des marchés obligataires

Afin d’améliorer la courroie de transmission de financement au sein des marchés financiers, nombreuses banques centrales ont accompagné la baisse de leurs taux directeurs avec une politique d’achat d’actifs obligataires. Ces interventions ont stabilisé le marché de la dette et permis un financement plus raisonnable pour ceux qui se financent par le biais de ce secteur. Cependant, cet artifice nécessite désormais un apport constant de liquidité des banques centrales tout en maintenant les taux d’intérêts au plus bas. Sans cela, un désordre financier dans le plus grand marché d’actifs au monde serait à craindre.

Conclusions

Ainsi, ces grandes banques centrales s’enferment de plus en plus dans la camisole de taux d’intérêts bas voir négatifs. Saupoudré d’achats d’actifs, ces institutions se trouvent contraintes de poursuivre cette politique bien plus longtemps qu’elles n’auraient pu imaginer. Leurs interventions ne donnent pas suffisamment les effets escomptés. Elles sont donc condamnées à poursuivre cette même approche encore et encore. Depuis les interventions de 2008, nombreux se pose désormais la question de l’intérêt de poursuivre à répétition une telle politique sans intérêts.

 

Colonne par Steven Groslin, Executive Board Member et Portfolio Manager chez ASG Capital.

 

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Auteur : ASG Capital