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United States

‘Lâcher les brides des Chevaux’ (Vers une Reprise… !)

  • Posté par : Fabien

Vous pouvez retrouver cet article sur le site de Boursorama

 

Suite aux interventions financières historiques de ces derniers mois, les Etats-Unis sont désormais en attente d’une direction financière claire.

Certes, les campagnes de rachats d’actifs par sa banque centrale, la Fédéral Réserve (Fed.), ont permis aux marchés financiers de retrouver le chemin de meilleure fortune. Mais ses autorités monétaires peuvent-elles poursuivre cette politique de la même manière en 2021 ? Le gouvernement Fédéral a aussi été à l’œuvre pour soutenir son économie à travers le ‘Cares Act’. Mais cet effort sera-t-il suffisant pour amorcer la relance escomptée ou faudra-t-il d’autres ‘stimulus package’ ? Beaucoup d’espoir repose sur une campagne vaccinale pour lever les confinements dans plusieurs parties du pays. Mais ce changement de paradigme sanitaire sera-t-il suffisant pour insuffler un retour de la confiance des acteurs économiques ?

Nombreuses questions restent en suspens pour les Américains, comme dans d’autres pays occidentaux d’ailleurs. Face à l’urgence et la multiplicité de problèmes, la Fed. pourrait bien lâcher les brides sur toute discipline monétaire afin de provoquer un électrochoc pour une reprise économique.

 Liquidité monétaire ‘no limit’

D’après son analyse des interventions récentes de la Fed., Mike Howell de Crossborder Capital affirme que leurs injections monétaires ont influencé l’évolution haussière des cours boursiers depuis 2009. Il utilise l’image d’une marée montante qui relèverait tous les bateaux d’investissement.

En 2020, la Fed. affirme vouloir faire : ‘whatever it takes’ pour stabiliser ses Marchés de Capitaux et éviter tous désordres financiers, comme l’avait fait en son temps son homologue, la Banque Centrale Européenne. A cela, elle déclare tolérer une inflation au dessus de +2%, balayant d’un revers de main un possible retour rapide à une discipline monétaire. Dans le cadre de cette politique annoncée, nous pouvons nous attendre à ce que la planche à billets américaine fonctionne à plein régime pour quelques temps encore.

A cet objectif de stabilisation boursière s’ajoute les besoins de financement abyssaux de l’Etat Fédéral, certains Etats de l’Union et des municipalités. Ces entités sont dorénavant dépendantes de cet apport monétaire de la Fed. pour fonctionner.

En résumé, la Banque Centrale Américaine est dans une spirale de fournir de l’argent facile à bas prix aux politiques qui la gouvernent et aux marchés dont elle a la charge de surveiller. Il est de plus en plus probable que cette institution ne puisse pas lever le pied de cet accélérateur qu’est la liquidité abondante. Ceci présage que la marée financière américaine risque de monter encore plus.

L’Hégémonie des Marchés de Capitaux Américains

La devise ‘d’Uncle Sam’ jouit d’un statut unique, celui d’être la monnaie de réserve mondiale. Ceci confère aux Etats-Unis l’avantage particulier de pouvoir mettre à la disposition de l’épargne internationale, son Marché de Capitaux en US Dollar.

Cette hégémonie, imposée à la fin de la deuxième guerre mondiale, ne convient plus à certains rivaux des Etats-Unis. A titre d’exemple, la Chine cherche à jouir de son propre Marché International de Capitaux pour répondre à ses besoins économiques, et étendre sa zone d’influence monétaire.

La perspective d’une indiscipline financière prônée par la Fed. sème des incertitudes tant sur la pérennité du dollar américain que sur le devenir de ses Marchés Financiers. En réponse, la Chine avance un peu plus son agenda d’une monnaie de réserve alternative sous couvert d’un nouvel accord ‘Bretton Woods 2.0’ afin d’imposer aux Américains un changement de position dominante sur l’échiquier financier actuel.

La perte de ce statut impliquerait mécaniquement une perte de contrôle sur une grande partie de l’épargne internationale dont les Etats-Unis profitent depuis 75ans. L’accès à ces capitaux internationaux importants est devenu fondamental pour entretenir les bilans conséquents des grandes sociétés américaines. Sans parler, bien sur, du financement nécessaire à l’Etat Fédéral que nous avions évoqué précédemment. On peut conclure qu’il serait improbable que les Américains abandonnent ce statut de monnaie de réserve et le pouvoir hégémonique sur l’épargne mondiale qui en découle.

La politique de la Fed. peut être analysée sous un angle géostratégique. La préservation de l’attractivité des Marchés de Capitaux Américains est un élément fondamental pour espérer capter une grande partie de l’épargne mondiale. Les interventions financières depuis 2009 ne se résument pas seulement à une intervention pour secourir quelques investisseurs de ‘Wall Street’. La Fed. a vocation à protéger son système financier pour un plus grand intérêt national.

‘I’ll be Back’ (Arnold Schwarzenegger) : Le retour du Consommateur Américain

L’acte de consommation représente une partie importante de l’activité du pays, autour de 70%. En 2020, la crise sanitaire a ébranlé la confiance du consommateur. La circulation de l’argent, représenté par la vélocité de la mesure M2, confirme ce phénomène. Elle se situe au plus bas depuis 1960, avec une accélération marquée à la baisse à partir de la fin de 2019. Ce recul de la consommation est démontré aussi par une chute des emprunts (les ’consumer loans’) dont les Américains sont particulièrement friands.

La peur du virus, la destruction de pans entiers de l’activité économique, l’évolution technologique de l’organisation du travail en entreprise contribuent tous à ce manque de confiance dans l’avenir et cette défiance à consommer. Mr Richard Clarida, Vice Président de la Fed., estime que l’épargne de précaution des ménages américains aurait augmenté d’un trilliard de dollars depuis le début de l’année au dépend de la consommation.

Une stabilisation économique, une reprise dans les secteurs sinistrés, un nouveau plan de soutien gouvernemental et une situation rassurante sur le plan sanitaire pourront contribuer à rallumer la flamme de la confiance du consommateur. Cependant, Mr Jeff Gundlach estime qu’il faudrait nuancer cette éventualité au regard de la perspective de précarité qui a hanté de nombreuses familles en 2020.

A moins de basculer vers un état de guerre, la sidération sanitaire qui a marqué 2020 devrait s’estomper dans les mois qui viennent avec à la clef le retour progressif du consommateur américain.

Les Banques Américaines : Une partie de la solution de reprise

L’économie américaine est organisée autour d’un système de crédit. D’après ‘US Debt Clock’, la dette publique et privée du pays se situe désormais à 85 trilliards de dollars. Au regard de cette situation en toile de fond, on comprend mieux le rôle clé qu’aura à jouer le secteur bancaire privé des Etats-Unis pour assurer le financement et le refinancement des particuliers, entreprises privés et organismes d’Etat.

Pour mieux apprécier le fonctionnement d’une banque il est important d’avoir un regard sur la gestion de son bilan. Une banque est au cœur de la création monétaire d’un pays.  Son droit à accorder des crédits, et donc à créer de la monnaie, est encadré par des contraintes règlementaires et financières.

En période de crise, une banque se trouve exposée à des pertes liées au non remboursement de créances qui lui sont dues (les Non Performing Loans, ou NPL). Elle doit d’une part provisionner ses pertes, ce qui est une précaution comptable classique, mais aussi ajuster son activité bancaire afin de rester en conformité avec les contraintes évoquées à l’instant. Généralement, ceci se traduit par une réduction des crédits futurs qu’elle pourrait éventuellement accorder. En d’autres termes, une banque commerciale exacerbe une crise économique en réduisant sa création monétaire dans l’économie réelle.

Si les banques ne jouent pas le jeu en période de stress économique quid alors de toutes les interventions de la Fed. pour soutenir le système financier ?

Les interventions de la Fed. ne font que gonfler les réserves de précaution d’une banque sans se traduire en crédits nouveaux nécessairement. Une banque cherche d’abord à protéger son bilan avant de prendre des risques supplémentaires.

En temps qu’autorité de tutelle du secteur, la Fed. est parfaitement consciente de cette réalité. Elle a la possibilité d’assouplir l’étau règlementaire, ce qu’elle a déjà fait courant 2020. Elle peut aussi nettoyer le bilan des banques en prenant à sa charge les pertes des crédits en défaut de paiement (à savoir racheter les NPLs des banques). Enfin, elle peut rendre moins attractive la constitution de réserves de précaution.

Ces outils sont à la disposition de la Fed si nécessaire. Leur bon usage pourrait être déterminant dans la reprise de la ‘planche à crédit’ par le secteur bancaire privé en faveur de l’économie réelle, ce qui relancerait l’activité du pays.

Rappelons que les grandes banques Américaines se trouvent bien positionner pour contribuer à une éventuelle reprise économique aux Etats-Unis (voir notre article : ‘Les Grandes Banques Américaines’ publié sur Boursorama en Octobre 2020).

Conclusions Générales

Les risques d’instabilités et fragilités financières sont nombreux. On ne ferme pas administrativement des activités économiques sans de lourdes conséquences, surtout quand celles ci sont portées par des emprunts.

Les autorités monétaires et politiques sont conscientes de ces enjeux multiples. C’est donc à eux de libérer et accompagner les forces vives du pays sur le chemin de la reprise.

La Fed. a déjà fait beaucoup dans ce sens. Elle pourrait de nouveau intervenir, notamment auprès de son secteur bancaire privé par exemple. Elle a la possibilité d’exercer un poids de tutelle sur ses banques pour qu’elles soutiennent l’économie encore plus.

Après la période de flottement électoral, la classe politique américaine aura aussi à agir. Le premier effort de soutien du deuxième trimestre 2020 a évité le pire. Cependant, ceci ne sera manifestement pas suffisant. Nombreux analystes anticipent que d’autres plans de relance sont à venir début 2021.

Le retour du consommateur américain dépendra d’un climat de confiance retrouvé. L’hystérisation des débats sur des sujets sanitaires, alimentée par les médias, doit s’apaiser afin de permettre un retour à une certaine sérénité collective. La population a envie de tourner la dernière page du chapitre Covid19.

Les choix stratégiques de 2021 seront déterminants à restaurer une visibilité constructive. Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis se sont redressés collectivement face à l’adversité. Après tout, la devise du Grand Sceau des Etats-Unis est ‘E Pluribus Unum’. Espérons que cette nation pourra se retrouver de nouveau autour de ce rendez-vous de reconstruction dans son histoire financière et économique.

 

Colonne par Ygal Cohen, Président, Fondateur, Membre du Conseil d’administration, Gestionnaire de portefeuille et Steven Groslin, Executive Board Member et Portfolio Manager chez ASG Capital.

 

ASG Capital est une Société de Gestion régulée. L’information présentée est à des fins éducatives seulement et n’a pas intention d’offrir ou solliciter la vente ou l’achat de valeurs mobilières, d’investissements ou de stratégies de placement spécifiques. Les investissements comportent des risques et, sauf indication contraire, ne sont pas garantis. Assurez-vous d’abord de consulter un conseiller financier et/ou un fiscaliste qualifié avant de mettre en oeuvre toute stratégie dont il est question dans le présent document.

Auteur : Fabien