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Inflation : un mal nécessaire … ?

  • Posté par : ASG Capital

Alors que les chiffres d’inflation atteignent des niveaux élevés pas vus depuis quelques temps, nombreux s’inquiètent du retour de la perte de pouvoir d’achat qui pourrait en découler. Ce paradigme avait caractérisé les années 1970s.

Garant de la stabilité monétaire et par extension l’évolution des prix de biens et de services (l’inflation), les grandes Banques Centrales se veulent rassurantes. D’après elles, ce n’est qu’un phénomène transitoire. Au cœur de leurs analyses sont la désorganisation des flux internationaux de marchandises, et l’imposition à de nombreux travailleurs de rester à domicile suite à la gestion de la crise sanitaire. Ces facteurs ont nourri un désordre entre l’offre et la demande dans le monde marchand. Le résultat : une inflation soutenue mais ponctuelle. A l’heure d’une réouverture généralisée et d’une reprise d’activité normale, cet impact sur l’évolution des prix devrait progressivement disparaître.  Les mois à venir confirmeront leurs dires.

Il est important de rappeler qu’il existe un objectif politique d’inflation affiché à +2% par an, de la Fédéral Reserve (FED) aux Etats-Unis et de la Banque Centrale Européenne (BCE) à Francfort. En le dépassant, on aurait du avoir une réaction de nos gardiens monétaires. Il n’en fut rien. Le narratif avancé par les autorités était celui d’intégrer le niveau d’inflation de la période avant la crise Covid. C’est ainsi que ces Banques Centrales se sont autorisées d’accepter ce dépassement, en lieu d’un rattrapage des années antérieures ou le niveau s’affichait en dessous de +2%. Ceci confirme cette volonté d’avoir une inflation ‘modérée’ sur le long terme, nécessaire au bon fonctionnement de nos économies et de la planète finance, d’après elles.

Un Mal ou un Bien ?

Nos systèmes économiques sont basés à 70% sur la consommation. Une évolution des prix à la hausse incite à l’acte de consommation tout de suite au lieu d’attendre pour payer un produit ou service plus cher demain. L’inflation est supposée encourager ce comportement, quitte même à emprunter pour le faire, parfois au mépris de constituer de l’épargne. Une valorisation de la Cigale au dépend de la Fourmi. De plus, les Etats y trouvent leur compte à travers des taxes sur cette activité, une fiscalité évidemment indexée sur la hausse des prix.

Souvent mise an avant, cette analyse est un peu grossière. Elle ne prend pas compte le statut économique, les incertitudes du moment ou l’âge du consommateur, facteurs déterminant dans son choix de consommer ou d’épargner.

Une autre raison proposée découle de l’endettement dans le secteur privé. Sans inflation, un emprunteur n’est pas motivé à s’endetter. Le poids de ses dettes existantes ou à venir pèserait sur son portefeuille, et indirectement sur l’activité d’un pays (l’endettement contribue largement à de nombreux actes de consommation, l’achat de biens immobiliers à crédit en est un exemple).

Avec de l’inflation, cette charge est allégée par une dévaluation progressive de la valeur d’une créance dans le temps. Si on y ajoute une baisse du loyer de l’argent, l’appétit pour l’emprunt est supposé augmenter. En théorie, ce cocktail, inflation et baisse des taux d’intérêts, assurerait toute reprise économique.

Pour l’économiste Steve Keen, l’accroissement de l’endettement ne se résume pas à une simple évolution de l’inflation et/ou des taux d’intérêts. L’accès à de nouveaux emprunts dans le secteur privé est limité par la taille de bilan, les flux de revenus permettant des remboursements, les projets sur lesquels investir et les crédits en cours de l’emprunteur. A cela s’ajoute les critères d’équilibres de risques financiers qui régissent le fonctionnement du préteur, généralement une banque commerciale du secteur privé.

L’expansion du volume crédit à l’échelle d’un pays sera inévitablement contraint/limité par les facteurs cités ci-dessus à un moment donné. D’après Mr Keen, on ne peut pas raisonnablement compter sur une augmentation permanente de l’endettement porté par de l’inflation et des taux d’intérêts bas pour assurer une consommation économique pérenne. Ca ne marche pas comme cela.

On arrive au financement de certains Etats souverains. Suite aux vagues successives de crises, et/ou une mauvaise gestion des deniers publics, certains Etats ont vécu au dessus de leurs moyens. Le Japon, les Etats-Unis, l’Italie, la Grèce (pour en choisir que quelques uns) sont désormais accablés de dettes. Leur activité nationale semble en incapacité de générer suffisamment de valeur pour faire face à ce passif. Pour ceux qui contrôlent encore leurs monnaies nationales, ils se tournent vers l’artifice de taux d’intérêts bas, voir négatifs ou l’inflation pour espérer régler cette note.

Du point de vue des autorités politiques et monétaires, l’inflation est plutôt un bien, d’ou leur objectif affiché de générer +2% par an. Dans le monde marchand par contre, ce n’est certainement pas le seul critère qui motive le dynamisme économique. L’inflation s’avère être une destruction progressive du capital privé qui finance la capacité productive d’un pays. Pour le secteur privé, l’inflation serait plutôt un mal.

L’inflation incontrôlée, un phénomène dangereux.

Afin d’adresser une situation d’inflation ‘incontrôlée’, les Banques Centrales peuvent ralentir l’activité économique à travers un ajustement à la hausse du loyer de l’argent. Ce faisant, elles privilégient la constitution d’épargne et la réduction d’endettement pour freiner la consommation qui nourrit l’évolution des prix. Le meilleur exemple de ce type d’intervention fut la hausse spectaculaire des taux d’intérêts sous la présidence de la Fed., de Mr Paul Volcker.

En temps qu’autorité de tutelle, une Banque Centrale peut aussi limiter la création de crédit accorder par des banques commerciales privées. Ce type d’intervention a un effet similaire à celle d’une hausse des taux d’intérêts décrite ci-dessus.

Malheureusement en 2021, ces outils traditionnels de contrôle de l’inflation sont devenus des ‘pétards mouillés’. Suite aux interventions massives et exceptionnelles introduites par les Banques Centrales depuis 2008, leur politique monétaire a nourrit une hausse spectaculaire des prix des actifs boursiers. Intervenir maintenant, par une hausse importante des taux d’intérêts ou une limitation de l’endettement, pourrait provoquer un désordre boursier sans précèdent. C’est pour cette raison que ces outils d’un autre temps ont été mis au placard par nos autorités financières.

Cette situation est potentiellement dangereuse. Sans sa maîtrise, l’inflation détruit la valeur réelle du capital, ressource d’épargne au cœur de nos systèmes dit capitalistes.

Par ailleurs, le potentiel de pouvoir d’achat d’un consommateur s’en trouve lui aussi diminué dans le temps. Avec de l’épargne en monnaie de singe et le portefeuille familiale bien vide, une inflation non contrôlé a le potentiel de faire basculer la population vers une perte de confiance dans le système financier et les dirigeants supposés le préserver. En d’autres termes, trop d’inflation peut mener vers un désordre social de grande envergure. L’Argentine, le Liban et le Venezuela en sont des exemples récents.

 

Colonne par Steven Groslin, Executive Board Member et Portfolio Manager chez ASG Capital.

 

ASG Capital est une Société de Gestion régulée. L’information présentée est à des fins éducatives seulement et n’a pas intention d’offrir ou solliciter la vente ou l’achat de valeurs mobilières, d’investissements ou de stratégies de placement spécifiques. Les investissements comportent des risques et, sauf indication contraire, ne sont pas garantis. Assurez-vous d’abord de consulter un conseiller financier et/ou un fiscaliste qualifié avant de mettre en oeuvre toute stratégie dont il est question dans le présent document.

Auteur : ASG Capital