Miami Office
150 SE 2nd Avenue, Suite 704
Miami, FL 33131
United States

Les banques centrales : « Et maintenant, que vais-je faire ? »

  • Posted by: Fabien

Vous pouvez retrouver cet article sur le site de Boursorama

 

Depuis mars, les marchés ont été alimentés par des baisses de taux d’intérêt (quand cela était encore possible), arrosées d’un cocktail traditionnel, un savant mélange d’apport de liquidité et d’achat d’actifs financiers. Au fil des ans, ces interventions des banques centrales sont devenues classiques, mais en 2020 elles se différencient par l’importance des sommes engagées. Elles sont passées en mode ‘No Limit’, parfois qualifié de politique ‘All In’ (les adeptes de Poker ne manqueront pas de reconnaitre  cette  stratégie  de  jeu).  Le  résultat  escompté  a  été  un  retournement spectaculaire des marchés financiers sur le deuxième trimestre.

Ayant mis cartes sur la table, l’action des Banques centrales soulève désormais de  nombreuses questions  pour  la  suite  des  évènements,  tant  au niveau de la planète finance que de l’économie réelle.

Certes, les agissements des Banques centrales ont stabilisé les marchés financiers et permis un retour à une certaine normalité. L’ennui c’est que la  confiance  des  intervenants  financiers  privés  repose  désormais  sur d’autres interventions à venir. En clair, les Banques centrales sont devenues des investisseurs de dernier recours de sorte que, à l’avenir, cette politique de ‘No Limit’ risque d’être testée encore et encore, jusqu’à se pérenniser.

De plus, cette approche, quelque peu infantilisante, accentue l’aléa moral dans la gestion des risques. Sachant que ‘Maman veille et protège’, les enfants n’ont plus de souci à se faire. N’est-ce pas le message qu’envoient nos banquiers centraux? Pour conclure, la planète finance est devenue totalement dépendante.

Au niveau de l’économie réelle, l’impact positif de ces interventions est moins évident. Pour ceux disposant d’une épargne financière, cette politique est rassurante. En revanche, pour ceux qui utilisent du capital dans le but de créer de la richesse, l’achat d’actifs financiers ou la baisse des taux d’intérêts ne remplissent pas le carnet de commandes, ni assurent un chiffre d’affaires, ni permettent l’obtention d’un emploi. Seules des perspectives économiques positives concrètes, portées par une confiance généralisée, peuvent constituer les fondations d’un potentiel retour à une croissance durable. A l’inverse, un loyer de l’argent à taux zéro ne laisse présager qu’un avenir précaire et incertain.

Si les actions des Banques centrales du deuxième trimestre répondent au désordre des marchés financiers du moment, sans s’adresser aux besoins de l’économie réelle, que peut-il se passer maintenant? S’ouvre alors un volet  politique  entre  les  autorités  monétaires  et  les  gouvernements.  Les deux protagonistes se renvoient la balle sur la responsabilité de l’action à mener, jusqu’à s’égarer dans des méandres de discussions, des effets d’annonces pour, au final, aboutir à rien de concret.

Ces protagonistes s’accordent sur un point: la monétisation des déficits et des dettes nationales permettant aux Etats de s’endetter de plus en plus. Cette  approche  évite  un  effondrement  social  de  nos  économies  à  court terme. Cependant, à moyen termes, cette monétisation ne répond pas au besoin de création de richesse du secteur marchand pour sortir de la crise actuelle.  Bien  au  contraire,  le  gonflement  de  la  dette  nationale  agite  le spectre d’impôts futurs sur l’outil productif privé de demain et de telles perspectives peuvent décourager les plus entreprenants.

Nous  revenons  ainsi  à  la  case  départ:  que  peuvent  faire  les  Banques centrales de plus pour l’économie réelle ? Elles peuvent beaucoup… Ces institutions supervisent le système bancaire commercial, qui se trouve au cœur de la création monétaire, par la mise à disposition de crédits auprès de  l’économie.  Une  banque  centrale  peut  donc  encourager  (fortement) ses banques à prêter en priorité à l’appareil productif plutôt qu’au secteur spéculatif par exemple, quitte à subventionner ces emprunts.

Elle  peut  aussi  racheter  des  dettes  privées  en  défaut  de  paiement  pour désengorger  les  bilans  des  banques  commerciales.  Par la  suite, ces emprunts ‘pourris’ peuvent être restructurés ou provisionnés sur des périodes infinies par une Banque centrale.

Elle  peut  administrer  les  cours  de  bourse  à  la  hausse  et  à  la  baisse,  le temps  d’amoindrir  l’intérêt  économique  des  stratégies  à  effet  de  levier. Dans  sa  gestion  actuelle,  quasi-administrative  des  marchés,  elle  peut orienter l’épargne d’un pays vers l’activité réelle en utilisant des véhicules financiers afin de décourager, en temps de crise, l’achat d’actifs à rendement négatif dont elle peut assurer elle-même le financement.

Elle peut également procéder à un ‘jubilé’ moderne* de l’endettement du secteur privé afin de réduire substantiellement l’encours total de la dette, comme le rappelle l’économiste Steve Keen: c’est bien la dynamique de création d’endettement qui se traduit en croissance. Plus l’encours existant de dettes est élevé, plus cette dynamique est assujettie à des limites telles que la capacité d’endettement par exemple. Une libération de l’endettement est fondamental pour espérer pouvoir repartir économiquement et la Banque centrale peut mettre en place cela.

Ces idées ne sont pas farfelues; certaines ont déjà été appliquées par le passé, notamment au Japon. S’agissant d’une politique monétaire proactive,  les  outils  modernes  permettent  une  gestion  très  fine  de  sa  mise  en place. Plutôt que de se contenter de faire marcher la planche à billets au seul bénéfice de détenteurs d’actifs financiers, une Banque centrale est parfaitement capable de mener à bien cette mission, avec un objectif clair et une feuille de route limpide.

* i.e. un effacement, dans le droit canon

 

Colonne par Steven Groslin, Executive Board Member et Portfolio Manager chez ASG Capital.

 

ASG Capital est une Société de Gestion régulée. L’information présentée est à des fins éducatives seulement et n’a pas intention d’offrir ou solliciter la vente ou l’achat de valeurs mobilières, d’investissements ou de stratégies de placement spécifiques. Les investissements comportent des risques et, sauf indication contraire, ne sont pas garantis. Assurez-vous d’abord de consulter un conseiller financier et/ou un fiscaliste qualifié avant de mettre en oeuvre toute stratégie dont il est question dans le présent document.

Author: Fabien
This website uses cookies and asks your personal data to enhance your browsing experience.